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Dossier Info 2021

Hausse des zones interdites à la pêche : Les pêcheurs méditerranéens inquiets

“Ces actions vont permettre la mort de certains pêcheurs”. Le gouvernement a annoncé en début d’années des mesures afin d’augmenter le nombre d’aires marines protégées à “protection forte” en Méditerranée. Si ces mesures sont en accord avec les demandes scientifiques, certains pêcheurs faisant déjà attention à leur impact sont inquiets pour l’avenir.  

En juillet 2019, un questionnaire adressé aux professionnels de la pêche était diffusé sur le site de l’Assemblée nationale par la mission d’information sur la pêche. Il faisait l’état des lieux de la profession suite au Brexit et aux nouvelles restrictions de pêche européenne pour l’environnement. On pouvait notamment y lire que “l’image que les professionnels se font de leur métier est empreinte de pessimisme : lorsqu’ils l’imaginent dans 10 ans, seuls un quart d’entre eux se disent confiants ou très confiants (3 % pour cette dernière réponse) et 60 % ne sont absolument pas confiants.”

Ces dernières années, de nombreuses nouvelles restrictions ont été imposées aux pêcheurs par le plan de gestion européen en Méditerranée occidentale. “Pour préserver des ressources halieutiques dangereusement malmenées, les ministres européens de l’Agriculture et de la Pêche ont décidé en décembre dernier de réduire de 7,5% l’effort de pêche (nombre de jours en mer) en Méditerranée occidentale après une première baisse de 10% en 2020” explique l’Express. Après toutes ces mesures, le nombre de pêcheurs estimant que leur métier ne leur permettra bientôt plus de vivre augmente. 

En septembre, c’est Emmanuel Macron qui annonçait une nouvelle restriction pour les pêcheurs du sud de la France. Un passage de 0,1 à 5 % des AMP à “protection forte” d’ici 2027. Pourtant certains pêcheurs estiment faire particulièrement attention à leur impact sur la biodiversité, s’employant à effectuer une activité de pêche dite durable, et ont peur que cette nouvelle mesure ne fasse disparaître leur métier. Nous avons interrogé Mathieu Chapel, co-fondateur du collectif français Côté Fish

https://youtu.be/VorPsGUBWTQ

Basé au Grau-du-Roi, dans la camargue méditerranéenne, Côté Fish est la première plateforme française de vente de poisson extra-frais en Méditerranée ainsi qu’un collectif de pêcheurs engagés créé en 2017 par Mathieu Chapel et Giovanni Garini. Pour respecter au mieux leurs promesses écologiques, ils pratiquent notamment une pêche exclusivement artisanale et commercialisée en circuit court, sans intermédiaire. Ils s’engagent aussi “dans des actions concrètes pour lutter contre la pollution de la mer et protéger les espèces en danger” en travaillant avec des associations comme Reseaclon ou encore le centre de réhabilitation de tortues marines du Grau-Du-Roi (CESTMed). 

Dans la pratique, les AMP en Méditerranée ont-elles un réel impact sur le quotidien des membres de Côté fish ? 

Côté fish : “Oui et non. il y a forcément un impact puisqu’elles nous permettent d’acquérir une ressource protégée et un meilleur écosystème. Mais aujourd’hui, aucune ne nous empêche réellement de pêcher dans notre zone.” 

Zone de pêche de Côté Fish

Comment êtes-vous informés à propos des AMP et de leurs actualités ?

Côté Fish : “Nous avons des réunions pendant lesquelles on nous informe de la qualité de l’eau, de la faune, de la flore et du développement des espèces halieutiques. Ces réunions sont organisées pour faire évoluer la pêche et faire comprendre aux pêcheurs les enjeux actuels. Elles sont organisées avec les responsables bassin de camargue qui s’occupent du parc régional de camargue, le comité de pêche qui représente les pêcheurs locaux.”  

Pour vous les AMP sont-elles, à l’heure actuelle, une solution convenable et suffisante pour protéger la bio marine ? 

Côté Fish : “Comme toute action, il existe beaucoup de choses sur le papier, mais en action c’est plus compliqué. Il y a quand même une utilité aujourd’hui puisque cela nous permet de travailler avec ce fil conducteur, de partager des informations et de travailler avec des scientifiques.” 

Petit métier la Pommette aux abords de la côte du Grau-Du-Roi – Coté Fish

Comment voyez-vous la future hausse des AMP à fort niveau de protection en méditerranée, est-ce un mal nécessaire pour votre métier ? 

Côté Fish : “Sur le bassin Méditéranéen, pour nous, c’est problématique. Dans notre zone de pêche, en Camargue, il n’y a pas de pêche excessive ou destructrice. Nous sommes tous des artisans, des pêcheurs locaux à une échelle peu importante. Ces actions vont permettre la mort de certains pêcheurs. 

Ces dernières années, toutes les réglementations vont à l’encontre des pêcheurs. Nos métiers tendent à disparaître. Le Grau-Du-Roi est avant tout un port de pêche, nous avons une histoire, quelque chose que nous pouvons développer et qui ne peut pas être bafoué comme ça. 

Mathieu Chapel à bord de son navire – Capture de la vidéo de présentation de Côté Fish

Dans certaines zones nous pouvons comprendre que cette augmentation est nécessaire, mais ici, il y aura plus de négatif que de positif. Évidemment nous restons pour la sauvegarde de notre biodiversité marine, si des scientifiques pensent et nous prouvent qu’il ne faut plus pêcher dans certaines zones, évidemment nous les écouterons.” 

 

 

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