Catégories
Dossier Info 2021

Interview de Sea Shepherd : bien protéger les aires marines

Les AMP françaises ne suffisent pas et sont bien en retard lorsqu’on les compare aux AMP les plus efficaces au monde. Pour comprendre l’enjeu des AMP à “fort niveau” de protection et les moyens mis en place par les associations, nous avons interrogé Sea Shepherd. 

Sea Shepherd est une organisation non gouvernementale internationale de défense de la biodiversité marine qui lutte contre la surpêche et la pêche illégale. Fondée en 1977 par le capitaine Paul Watson, Sea Shepherd s’est rapidement fait connaître parmi les ONG les plus combatives au monde. En effet, elle intervient de manière directe et active dans les cas d’atteintes illégales à la vie marine et aux écosystèmes marins. Certaines de ses actions considérées comme de la désobéissance civile ont parfois valu à ses activistes et même à son créateur d’être condamnés à de lourdes peines, allant parfois jusqu’à la case prison. 

Néanmoins, face à la difficulté de protéger les AMP à “fort niveau” de protection et aux États européen que l’association considère comme étant trop laxistes, les actions de Sea Shepherd sont parfois la dernière ligne de rempart des océans. 

Pour en savoir plus sur le rôle de cette ONG et ses recommandations, nous avons interviewé Ludovic Lefevre, bénévole chez Sea Shepherd. 

En quoi consiste les actions de Sea Shepherd pour protéger les AMP ? 

L.L : “Nous faisons évidemment de la sensibilisation et du dialogue grâce à nos groupes locaux. 

Bénévole d’un groupe local de Sea Shepherd lors d’un ramassage de déchets – Sea Shepherd

Ensuite pour les AMP c’est toujours compliqué. Nous sommes déjà intervenus en Antarctique avec nos bateaux par exemple. Nous avions découvert des bateaux qui pêchaient illégalement, se cachant sous l’appellation de programmes scientifiques. Cela a entraîné l’arrêt de la chasse à la baleine dans cette zone par exemple. 

Une autre opération au même endroit nous à permis de découvrir 6 bateaux braconniers qui pêchaient dans la zone et étaient “recherchés” depuis 10 ans. En 2 ans, nous les avons tous trouvés, et ils ont fini arrêté ou coulé. Nous avons poursuivi l’un d’entre eux pendant 110 jours jusqu’à ce qu’il soit finalement arrêté en Mauritanie après s’être sabordé.

Au premier plan, le navire braconnier Thunder en perdition et, à l’arrière, un navire de Sea Shepherd restant à une distance de sécurité. Photographe Simon Ager / Sea Shepherd (source Le Marin Ouest-France)

Au niveau de la France il est arrivé d’aider sur des cantonnements, de petites AMP mises en place par les pêcheurs on intervenait en bateau pour faire du contrôle de la zone.”

Pour vous, les AMP sont-elles à l’heure actuelle une solution convenable et suffisante pour protéger la bio marine ? 

L.L : “Plus encore qu’un problème de définition, c’est une confrontation de vision à laquelle nous assistons. La vision anglo-saxonne penche vers les hauts niveaux de protection qui ont fait leurs preuves tandis que la vision française prend le minimum de protection. 

On ne peut pas réellement dire qu’on a des AMP en France aujourd’hui. Prenons l’exemple des zones natura 2000 où l’on fait tout et n’importe quoi. On y autorise tellement de choses que cela rend le contrôle difficile voire impossible. Pour prendre un enjeu en exemple : l’interdiction de chalutage de fond dans les AMP est autorisé en France, c’est une catastrophe pour l’environnement.” 

Comment l’État français justifie-t-il cette vision ? 

L.L : “La justification de l’état c’est de ne pas mettre la nature sous cloche, d’y autoriser les activités. C’est une vision écosystémique contrairement à la vision anglo qui veut réellement protéger les espèces. Une protection forte a forcément un impact sur les activités économiques, mais cette activité à elle même un impact sur les espèces marines il faut faire un choix. 

Le meilleur exemple c’est celui des dauphins dans le Golfe de Gascogne, l’europe veut la rendre protégée (de manière forte j’entend) et l’état s’y oppose car elle ne veut pas fermer un effort de pêche aussi important. S’y ajoute le problème du Brexit qui empêche les pêcheurs d’aller ailleurs que dans ce Golf, et voilà comment on éradique à petit feu une espèce. On assiste à un manque de vision à long terme.”

Deux cadavres de dauphins déposée au Trocadéro par le membres de Sea Shepherd pour sensibiliser contre la pêche de dauphins dans le golf de Gascogne – Paris Match

Comment voyez-vous la future hausse des AMP à fort niveau de protection en Méditerranée ?

L.L : “Tous les scientifiques sont d’accord, il faudrait un tiers des AMP sous protection forte. 5% en Méditerranée, c’est un bon début, mais c’est bien trop peu. Les ambitions sont trop faibles. Étant donné que nous sommes le 2ème territoire marin mondial, nous nous devons de de montrer l’exemple, et à la place, on engage des solutions faibles. 

L’AMP de la CCAMLR en mer de Ross (zone antarctique) est un bon laboratoire pour voir la différence entre la vision anglo-saxonne et la nôtre (voir l’article focus sur l’AMP de la mer de Ross). Cette AMP à “protection forte” faite par les USA est le plus grand sanctuaire marin du monde où toute sorte de pêche ou prélèvement est interdit. 5%, c’est donc ridicule face à ce que font les USA en Terre de Ross.” 

Si vous rencontriez quelqu’un qui vit de la pêche dans un endroit dont les aires marines protégées vont devenir bien plus réglementées, quels seraient vos arguments pour le convaincre d’accepter ces réglementations de plus en plus contraignantes ? 

L.L : “Ok le pêcheur doit se déplacer, mais il aura forcément des gains, il a tout à gagner. De nombreuses études scientifiques montrent qu’il existe les différents intérêts à moyen et court termes. Le vrai problème, c’est la sensibilisation, ce que nous nous efforçons à faire. Les pêcheurs qui voient tout de suite la pénalité sans y voir l’intérêt. 

On a démontré par exemple qu’il est important que les AMP à protection forte soient entourées d’AMP à protection faible. Ainsi, les bienfaits de l’AMP forte vont rejaillir sur les AMP à côté. Cela donne des zones riches en poissons et protégées. Les pêcheurs s’y retrouvent très vite.”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *