Catégories
Dossier Info 2021

Surpêche : les Aires marines protégées Françaises peuvent-elles être la solution ?

La biodiversité marine est menacée du fait de nombreuses pressions qui s’exercent sur elle, notamment la surpêche. Rien qu’au cours des 40 dernières années, les populations d’espèces marines ont enregistré un déclin de 39 %. Pour contrer ce fléau, la France à décidé d’axer sa politique de protection sur les Aires Marines Protégées (AMP), des zones délimitées en mer ayant pour objectif de réguler l’activité de l’homme et de protéger la diversité à long terme. Mais les AMP françaises sont-elles vraiment efficaces ? Dans ce dossier, nous verrons les attentes des ONG françaises quant aux AMP, les conséquences que cela peut avoir pour les pêcheurs, premiers impactés par ces décisions, mais aussi les moyens réels mis en place afin de protéger ces zones.

La pêche est aujourd’hui la première source d’impact sur la biodiversité marine explique Didier Gascuel, Professeur en écologie marine à l’Agrocampus Ouest Rennes, dans le Monde. La surpêche étant une activité de pêche qui menace le renouvellement des ressources marines, c’est l’un des facteurs les plus destructeurs. En effet, lorsque l’homme attrape plus de poissons ou tout autre organisme marin qu’il ne le doit dans une zone, l’écosystème y est forcément affecté et ne peut ainsi plus se régénérer. Aujourd’hui, cette surexploitation représente un tiers des différents stocks de poissons à travers le monde (contre à peine 10 % dans le milieu des années 1970) d’après l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.  

Si le poisson est la première source de protéine animale pour un milliard de personnes sur la planète selon l’organisation Ocean Climate, ce qui en fait un atout majeur afin d’alimenter la population mondiale, une grande partie de l’effort de pêche est gaspillé à des fins non alimentaires. Parmi les 90 millions de tonnes de poissons, crustacés, mollusques et autres animaux aquatiques qui sont pêchés en moyenne chaque année sur la planète, “22 millions de tonnes ne finissent pas dans une assiette. Certains ont des usages variés (pharmaceutiques, ornementaux…), alors que la plupart (82 %) sont réduits en huile ou en farine, qui permettent notamment de nourrir… des poissons d’élevage” explique le magazine environnemental Géo.

La politique d’aires marines protégées 

Depuis des années, les solutions majoritaires pour défendre la biodiversité sont les AMP. Ces aires marines protégées ont pour objectif principal de préserver l’habitat marin et ses espèces en réduisant la pression exercée par l’homme sur l’ensemble du littoral. Il existe aujourd’hui un appel mondial pour augmenter la couverture des AMP à 30% d’ici 2030. 

Carte mondiale des AMP février 2020
Carte mondiale des AMP de février 2020 – Marine Conservation Institute

La France qui possède la deuxième zone économique exclusive (ZEE) du monde se doit de montrer l’exemple. L’hexagone s’était donc donné pour objectif d’arriver aux 30% d’AMP dans sa ZEE d’ici 2022, et c’est déjà chose faite explique Joachim Claudet, directeur de recherche du CNRS dans le livre Marine Policy

Il serait donc aisé de croire que nos littoraux sont protégés. Hors, il suffit d’approfondir ses recherches pour se rendre compte que ce n’est pas encore tout à fait le cas. En effet, il existe de nombreux niveaux de protection dans les AMP. Certains induisent de la réglementation à leur création comme les réserves naturelles ou les parcs nationaux (exemple : interdiction de pêche, de plongée etc…), d’autres proposent ou accompagnent la mise en œuvre de la réglementation peut-on lire sur le site de l’Office Français de la Biodiversité. Néanmoins, il a été démontré par la communauté scientifique internationale que seuls les niveaux de protection dits « hauts » et “intégrales” (où la pêche est notamment interdite) permettaient de réduire réellement les impacts humains sur la biodiversité. Ils sont assimilés sous la notion d’AMP à “protection forte” par la communauté scientifique que nous utiliserons au cours de nos articles. 

AMP : une solution peu concluante en France

La majorité des AMP en France sont appelées les zones Natura 2000. Ces zones, bien qu’ayant le mérite d’exister, ne disposent pas d’une “protection forte”. Pourtant, l’objectif international est d’arriver à un un tiers des aires marines protégées à ce niveau de protection d’ici 2030, soit un dixième des eaux mondiales. Alors, qu’en est-il de la France ? C’est ce qu’à analysé le CNRS en étudiant les 524 AMP de nos eaux territoriales. Premier constat, “seul 1,6 % de l’espace maritime bénéficie d’un statut de protection intégrale ou haute”. Ensuite, ces espaces ne sont pas également répartis sur le territoire, à titre d’exemple : “59 % des eaux françaises méditerranéennes sont dans des AMP, dont seulement 0,1 % en protection haute ou intégrale”. 

Il faut donc augmenter le nombre d’AMP à “protection forte” dans l’espace maritime français. De nombreuses organisations de défense de la biodiversité comme Sea Shepherd ou WWF appellent le gouvernement français à le faire depuis des années. Pour les satisfaire, Emmanuel Macron annonçait début septembre augmenter le nombre d’AMP bénéficiant de ce niveau de protection en Méditerranée “à 5% de son espace maritime d’ici à 2027”.

La protection des aires marines… protégées 

Protéger une aire marine délimitée par des frontières existantes uniquement sur le papier, ce n’est pas toujours facile, et cela coûte cher. En effet, “que l’AMP soit de petite ou de grande taille, les moyens nécessaires à sa surveillance (système juridique, financement de patrouille) dépassent de très loin les capacités de financement des États et des bailleurs de fonds” explique Manon Galery dans son étude « Les aires marines protégées dans le Pacifique : les dimensions de la gouvernance des ressources ». 

Photo de la Brigade de protection de l’aire marine protégée agathoise autour du Fort de Brescou : Midi Libre

C’est d’autant plus vrai pour les AMP qui n’ont ni protection haute, ni intégrale, où le contrôle est rendu difficile par l’acceptation de certaines pratiques. C’est pourquoi certaines ONG comme Sea Shepherd envoient des bateaux spécialisés dans la traque des pêcheurs illégaux et des braconniers de la mer. 

De plus, il est aujourd’hui possible de localiser les bateaux à distance. En effet, l’Automatic Identification System ou AIS, un système de tracking permettant de localiser la grande majorité des navires à travers le monde en quasi temps réel, à été rendu obligatoire par l’Organisation Maritime Internationale (OMI) en 2004. Son évolution vers un système s’appuyant sur un réseau de satellites, le Satellite based Automatic Identification System (S-AIS), à partir de 2009, à permis de nombreuses évolutions dans la traque des bateaux illégaux. Nous verrons notamment dans un prochain article (lien article anglais) qu’il existe maintenant des technologies ouvertes au grand public permettant d’accéder aux données des AIS de n’importe quel navire en mer, depuis chez soi. 

 

Pour en savoir plus :

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *