Comment faire face à la montée des eaux en Europe ? Romain Chapron trouve une solution innovante en observant une tempête sur la plage de Biarritz en 2014 : créer des digues amovibles courbées. « Pendant cette tempête les vagues sont rentrées en ville et dans le Casino qui est au bord de la mer, créant d’importants dégâts. C’est là que j’ai eu l’idée de faire des boucliers incurvés en matériaux composites pour les limiter, étant convaincu qu’il y aurait d’autres tempêtes de ce type-là. » confie-t-il. Rapidement déployables en cas d’alerte météorologique, elles peuvent être retirées aussi vite pour préserver l’authenticité du lieu. Elles absorbent l’énergie de la vague et la renvoie vers l’océan.
Romain Chapron décide alors de fonder son entreprise Wave Bumper en 2017. Les clients, qu’ils soient particuliers, issus du secteur privé ou des collectivités territoriales, sont au rendez-vous. L’entreprise développe d’ailleurs actuellement une filière aux États-Unis pour faire face à la demande sur place. Plusieurs modèles de digues ont déjà vu le jour en fonction de la nature des aléas climatiques et des éléments à protéger. L’entreprise doit en effet souvent imaginer des solutions sur-mesure pour s’adapter au mieux au changement climatique même si elle « essaie de standardiser ses produits selon le besoin qui va ressortir de l’étude ».
Wave Bumper développe son propre système d’alerte
Cette étude, réalisée pour chaque commande, prend en compte « les types de tempêtes, la puissance des vagues qui vont arriver, et l’évolution du trait de côte. ». Justement, pour pouvoir déterminer ces indicateurs, l’entreprise a choisi de créer son propre système d’alerte. À l’origine de cette idée, les informations insuffisantes transmises par les alertes submersion de Météo France. Elles s’appliquent à fournir le niveau qui est atteint par l’eau mais ne prennent pas en compte l’intensité des vagues. Ainsi « Ocean Reality », le futur système de Wave Bumper, permettra « d’anticiper leur puissance afin de prévoir l’ampleur des dégâts sur les infrastructures que l’on veut protéger » explique Romain Chapron.
La société biarrote travaille même sur la conception de sa propre échelle de risque. Comprenant six niveaux, elle permettra d’évaluer le danger encouru par les Hommes mais aussi l’économie. Par exemple, pour une même vague, le risque sera plus important près d’un restaurant qu’au niveau d’un terrain vide. L’enjeu que représente le lieu justifiera alors ou non l’installation de digues amovibles. L’outil Ocean Reality offrira ainsi une nouvelle approche de la menace, afin que l’entreprise puisse intervenir de manière stratégique.

Le déplacement des populations est inévitable
Cependant, ces digues Wave Bumper apparaissent comme une solution limitée face à la montée des eaux et au risque croissant de tempêtes de grande ampleur. Comme l’explique le fondateur : « la meilleure des solutions pour lutter contre la montée des eaux est de construire des digues en béton qui font des dizaines de mètres de hauteur ». Mais c’est aussi, selon lui, un moyen de se retrouver face à un mur lorsqu’on est à la plage. Ce rejet de la bétonisation l’a poussé à imaginer ces boucliers temporaires. Leur avantage : ils n’affectent pas le paysage. Néanmoins, leur installation n’est pas toujours possible, comme le précise Romain Chapron : « parfois il faut savoir se dire là on ne protège pas, il vaut mieux reculer ». En effet, c’est ce qui se passe actuellement sur la plage d’Erromardie à Saint-Jean-de-Luz. Un camping devenu trop vulnérable va être déplacé. Les digues Wave Bumper ne suffiraient pas pour protéger ses installations et investir dans un renforcement en béton serait disproportionné.
