Chaque jour, l’être humain est confronté à d’innombrables sollicitations publicitaires et de contenus informatifs. Dans cette « infobésité », il est parfois compliqué de s’arrêter et prendre le temps de lire ou visionner un contenu dit « long format ». En effet, que l’on soit un média ou un communiquant, un consensus semble régner sur le format à adopter à l’avenir pour être lu par le plus grand nombre : le format court. Avec un temps moyen de concentration de 7 secondes, l’être humain s’est perdu dans l’ère de l’instantané et s’est détaché des contenus qui demandent plus de temps d’esprit pour se tourner vers de la « snack news* ». Le long format, est-il condamné pour autant ?

Le format court, le format qui survole l’information
Cela n’échappe à personne, l’information se transforme peu à peu en un produit commun qui n’a pour vocation que d’être consommé dans le temps le plus court possible. À l’image du réseau social Tik-tok, l’être humain scrolle* ses fils d’actualité, met un « j’aime » et ne s’attarde plus autant sur l’information en se contentant bien souvent de lire seulement un titre. Que l’on parle des « Fast and curious* » de Konbini ou de « L’actu en une minute » d’Hugo décrypte, l’information est concise. Peut-être trop ?
Dans cette ère du tout accessible en ligne, l’être humain estime ne avoir pas le temps de consulter en longueur chaque sujet et il le pense à juste titre. Entre les milliers de médias qui existent, les quelque 130 millions de livres écrits sur terre et les 4,6 milliards de sites crées sur Internet depuis son apparition en 1990, nous n’avons clairement pas le temps de tout consulter en détail même s’il fallait y passer une vie entière.

Le lecteur ou spectateur d’un contenu effectue un tri et décide de prendre l’information principale. Il se contente de ce qu’il lira en quelques secondes pour estimer savoir ce qu’il y a à savoir. Il enchaînera ainsi machinalement une information puis la suivante sans s’attarder. D’ailleurs, en moyenne, un Français n’accorde que deux minutes à la lecture d’un sujet. Cette manière d’aborder l’information raisonne avec la logique de consommation qui ne décroit pas, mais aussi avec la curiosité naturelle de l’homme à vouloir tout apprendre rapidement.
Dans son ouvrage Psychologie de l’attention, François Maquestiaux s’interroge sur la capacité de l’homme à se concentrer longtemps sur une information et le constat est sans appel. L’homme ne se concentre que si l’information lui est primordiale et ne s’attarde pas dessus. Une réaction bien naturelle quand on y pense, l’homme n’a besoin que de l’information, le détail est superflu. Finalement, le format court ne répond au final qu’au besoin le plus primaire : être rapidement informé. Il apparait que le rôle du lecteur soit aussi de faire les déductions et interprétations dans son esprit.
L’avenir de l’information semble donc tout tracé, l’information doit être courte, car il est certain que l’ère du 3.0 ne va apporter que davantage d’informations accessibles par d’autres canaux et pousser chacun sûrement à revoir à la baisse une fois de plus le temps accordé à la lecture d’un sujet.
Le format long n’a pas dit son dernier mot
Si la société de demain semble se tourner vers des contenus courts, le long format est capable de se réinventer et d’apporter une plus-value à son public.
L’homme se concentre quelques secondes lorsque le contenu qui lui est proposé est dit * push, c’est-à-dire à, un contenu que l’on met devant lui sans qu’il n’en fasse la demande expressément. Ce contenu push n’a pas de nature, il peut être court ou long format mais nous savons que ce contenu ne va que rarement récolter plus de 7 secondes de l’attention du lecteur et le long format perd donc de son intérêt ici. En revanche, lorsque le public va de lui-même consulter un article pour s’informer, il prend le temps de la recherche et donc de la lecture. Le format long se démarque ici, il sera à l’avenir le format destiné à ceux qui recherchent l’information et non à ceux qui tombent dessus. Face aux brèves et extraits, le contenu plus long a l’avantage d’aller plus loin dans le sujet. Celui-ci offre aussi la possibilité par sa longueur de présenter plus que des faits. Il est le format adéquat pour la compréhension d’un contexte. Il apporte la possibilité d’un décryptage, d’une analyse et d’un regard singulier voir littéraire. Certains médias comme la Revue XXI ont déjà commencé à ré inventer le long format pour le rendre attractif en misant sur l’originalité graphique, la sensibilité artistique et la rigueur journalistique afin de fidéliser son lectorat.

Au-delà de tout ce qui est présenté, le long format par sa taille permet aux rédacteurs d’étayer leurs informations. C’est un argument supplémentaire pour plaider sa cause dans son futur car il peut ainsi devenir gage de confiance vis-à-vis de la presse. Avec seulement 16 % de confiance déclarée par les Français envers la presse en France dans un sondage Ipsos, la solution repose peut-être dans la possibilité d’enrichir les contenus écrits et vidéos. En effet, le format court utilise bien souvent les titres accrocheurs pour attirer, mais sa taille qui implique peu de contenu ne répond pas aux questionnements du lecteur qui reste parfois dubitatif sur la provenance de l’information. Le long format peut se distinguer par sa rigueur s’il parvient évidemment à ne pas s’éparpiller.
Dans sa version audio, le long format a aussi de l’avenir, le podcast offre lui aussi une plus-value. Le podcast comme la radio classique, permet à l’auditeur de faire travailler son imagination en laissant la part belle au détail là ou le flash info n’a pas le temps. Il se distingue d’eux en créant avec son auditeur un rendez-vous épisodique qui façonne une routine pour que l’auditeur revienne. Le format long permet de créer une relation forte et durable, basée sur l’affect.
@RobinKwong : « Avec le long-format, évidemment, on a le temps de donner plus d’informations mais selon moi, ce qui est surtout le plus important, c’est que ça laisse des possibilités créatives et le temps pour créer de l’empathie autour du sujet. » #NPDJ2019 pic.twitter.com/4BvpxhDwRz
— Camille Gicquel (@Geekelle) December 9, 2019
En réalité, l’avenir des formats n’est en réalité ni court ni long, l’un ne condamne pas l’autre à sa disparition car ils ne répondent absolument pas aux mêmes besoins, ils sont deux genres journalistiques différents. Dans la presse écrite, le format long couvre à la fois le journalisme d’investigation, d’immersion, narratif ou littéraire; le format court délivre une information concise et permet à chacun de savoir sans en faire la recherche. Jamais l’homme n’arrêtera de chercher des informations et des précisions donc le format long existera et il peut se réinventer. Le format court permet à tous de s’informer sans s’attarder et le format long de trouver des précisions, de l’affect, de l’originalité graphique et littéraire et enfin du regard critique.
*Snack news = information rapide
*Scroller = faire défiler vers le haut
*Fast and cuirous = rapide et curieux
*Push = pousser
Pour aller plus loin :
https://larevuedesmedias.ina.fr/petite-histoire-du-format-long
http://www.internetactu.net/2012/02/29/lift12-notre-surcharge-informationnelle-en-perspective/
Nelly Metay
