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Dossier Info 2021

Un réfugié climatique, ça n’existe pas !

Le statut de réfugié climatique n’apparaît pas dans la juridiction internationale. Les populations obligées de migrer en raison du dérèglement climatique ne bénéficient donc d’aucune protection. Maître Flor Tercero, avocate toulousaine, nous présente la situation et nous parle du manque de considération de l’Europe à l’égard de ces personnes-là.

« Il n’y a pas de texte international qui permet de dire qu’une personne est un réfugié climatique » clarifie Flor Tercero, avocate spécialisée en droit des étrangers à Toulouse. Le terme de « réfugié climatique » est donc employé à outrance. Il est préférable de parler de migrants climatiques, lorsque les populations quittent leur pays, et de déplacés climatiques quand elles se déplacent à l’intérieur. La Convention de Genève relative au statut des réfugiés en droit international, précise en effet : « le terme de réfugié s’applique à toute personne craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. » Ainsi, lorsqu’il se trouve hors de son pays, un migrant avec une telle crainte dispose d’un droit d’asile, mais celui-ci ne s’applique en aucun cas aux aléas climatiques. Flor Tercero, qui n’a jamais eu à défendre de migrant climatique, précise néanmoins que le facteur environnemental peut être pris en compte par le biais de la violence qu’il engendre : « Le dérèglement climatique provoque des situations de violence généralisée, comme les guerres de clans en Ethiopie avec l’eau, dans lesquelles les populations en raison de leur ethnie peuvent être particulièrement ciblées. Celles-ci peuvent donc conduire à une protection juridique. ». Lorsque le dérèglement climatique est une cause sous-jacente, il peut donc être pris en considération.

« Très rarement l’humain est considéré »

Cependant, même s’ils sont éligibles au droit d’asile, les migrants, qu’ils fuient le climat ou un conflit, ne l’obtiennent pas toujours. L’avocate constate en effet, depuis son entrée en fonction en 1998, des changements dans l’exercice du droit des étrangers, à leur détriment. « Aujourd’hui, on démantèle tous les jours des camps au nord de la France et dans les grandes villes sans aucune solution de prise en charge de ces personnes qui sont des réfugiés, en tout cas au moins des exilés. » prend-elle comme exemple pour illustrer la situation. Flor Tercero, qui pourtant n’avait jamais pensé devenir avocate, dénonce avec vigueur le manque de considération croissant des migrants par les gouvernements français et européens. C’est d’ailleurs en travaillant aux côtés des sans-papiers avec l’association Droits d’urgence que l’idée de se spécialiser dans le droit des étrangers lui est venue. Depuis, elle s’applique à promouvoir l’accueil de certaines populations, en ce moment les Afghans. Pour elle, la France met en place une politique de la peur alors qu’elle n’a jamais été envahie et peut très bien absorber les flux humains issus des crises dans les pays étrangers. Elle peut et pourra faire de même pour celles liées au dérèglement climatique.

L’impossible évolution de la loi

Flor Tercero ajoute néanmoins : « Quand on voit ce qui se passe à la frontière de la Pologne, en Grèce ou dans la Manche, je suis très pessimiste sur le futur des demandeurs d’asile quels qu’ils soient et encore plus sur celui des réfugiés climatiques. ». La politique d’austérité à l’égard des migrants devrait donc se poursuivre et dans un même temps freiner la prise en compte du facteur climatique. L’avocate met en avant l’égoïsme du capitalisme et l’impératif de faire preuve de plus de fraternité et de solidarité. Par ailleurs, pour elle, le levier principal d’action semble être la réforme du système d’asile européen. En effet, le règlement de Dublin en vigueur pose problème. Comme elle le rappelle, « il fait peser sur les pays les plus pauvres d’Europe la charge d’accueillir les demandeurs d’asile qui arrivent aux frontières de l’Europe ». Et tant qu’on est dans cette logique-là, « il n’y aura pas de changements au profit de quelconque réfugié, climatique ou pas », affirme-t-elle. Pourtant, la Finlande et la Suède, deux pays membres de l’Union européenne, ont introduit dans leur législation la protection des personnes cherchant à fuir les catastrophes naturelles dans leur pays.

 

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